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  • : J'ai découvert en fouinant dans le grenier de ma grand-mère un vieux manuscrit espagnol datant du XVIe siècle. Poussé par la curiosité, je me suis lancé dans la traduction des aventures du chapelier Antonio de la Santa Crutcha dans le royaume de France...
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Rijksmuseum

Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 16:39

De la notion de "Siècle d'Or espagnol":

L'expression "Siècle d'Or Espagnol" (Siglo de Oro), désigne (en théorie) la période de rayonnement de la culture espagnole dans la première moitié du XVIIe siècle, qui correspond à son déclin sur le plan politique... L'expression est très parlante pour qui est un peu érudit ou tout simplement curieux. Le "Siècle d'Or" correspond  à la fois à la période où l'Espagne domine l'Europe sur le plan politique et conquiert le Nouveau Monde et à la période où sa culture rayonne dans divers domaines. Des personnalités de ce "Siècle d'Or"  comme Cervantès, Greco, Velasquez ou Philippe II sont connues de tous. Le "Siècle d'Or", c'est un peu comme le "Grand Siècle" pour parler du XVIIe siècle ou encore, "Siècle des Lumières" pour désigner le XVIIIe siècle en France.
Cependant, cette notion a une acception assez différente dans l'historiographie espagnole. Quand les dictionnaires n'éludent pas la question, ils en proposent une définition restrictive.
Dans le Dictionnaire de l'usage de l'espagnol (1980), la définition est la suivante: "Toute période de splendeur, de justice, de bonheur... spécifiquement l'époque de la plus grande splendeur de la littérature espagnole qui couvre une partie des XVIe et XVIIe siècles." Ce qui exclut de fait des réalisations comme l'Escorial, la Plaza Mayor de Madrid ou des artistes comme Velasquez, Zurbaran ou Luis de Milàn... L'Encyclopédie espagnole de Espasa-Calpe ne donne qu'une définition à peine plus élargie et reprend celle donnée dans le Diccionario Hispano-Americano de Montaner y Simon (qui date de 1896).
Dans d'autres ouvrages comme le Diccionario de la Lengua Española de l'Académie royale espagnole ou le Diccionario de Historica de España, l'expression "Siècle d'Or" n'apparaît pas du tout. Par contre, le concept de Légende Noire est présent dans l'historiographie espagnole (je ne maîtrise pas assez le sujet pour me lancer dans un long discours sur la perception qu'un peuple peut avoir de sa propre histoire mais je trouve cela fort intéressant...).
Même Wikipedia ne considère le Siècle d'Or espagnol que sous ses aspects culturels...

Marcelin Desfourneaux, dans son ouvrage intitulé La Vie quotidienne en Espagne au Siècle d'Or (1964), propose la définition suivante:
"Consacrée par l'usage en Espagne même, l'expression 'le Siècle d'Or' (el Siglo de Oro) est susceptible d'une double interprétation. Ou bien elle recouvre toute la longue période -un siècle et demi- qui va de Charles Quint au traité des Pyrénées, et au cours de laquelle, l'or, et surtout l'argent venus d'Amérique, permettent à l'Espagne de soutenir de grandes entreprises au dehors et d'étendre l'ombre de sa puissance sur l'Europe entière, alors même que, dès la fin du règne de Philippe II, se manifestent dans sa vie intérieure des symptômes non équivoques d'épuisement économique. Ou bien elle s'appliquent à l'époque qu'illustre le génie de Cervantès, de Lope de Vega, de Velasquez et de Zurbaran, et pendant laquelle l'Espagne, politiquement affaiblie, s'impose à ses voisins par le rayonnement de sa culture qui, dans le domaine littéraire surtout, suscite au-délà de ses frontières et spécialement en France, des imitations où se nourrira notre Grand Siècle."

M. Desfourneaux pose bien la problématique du décalage chronologique entre le rayonnement politique et le rayonnement culturel mais ne choisit pas quel aspect définit le mieux ce qu'est le "Siècle d'Or" espagnol.
Il semble en définitive qu'il n'y a pas définition vraiment "officielle" de ce concept. Pour ma part, si je devais le définir, je me contenterais de reprendre cette définition de M. Desfourneaux, à ceci près que je remplacerais le "Ou bien" par un ET (pour montrer qu'il faut l'entendre au sens large et que tous les apsects sont liés) ou par un PUIS (pour marquer le décalage temporaire).

Bartolomé Bennassar, dans son ouvrage intitulé Un Siècle d'Or espagnol (1982) et dont j'ai repris l'introduction dans ses grandes lignes propose cette définition:  "la mémoire sélective que nous avons d'une époque où l'Espagne a tenu un rôle dominant, qu'il s'agisse de la politique, des armes, de la diplomatie, de la monnaie, de la religion, des arts ou des lettres."

Paradoxalement, l'Espagne porte tous les germes de sa future décadence au cours de cette période:
- conflit aux Pays Bas (qui demeure le coeur économique des possessions des rois d'Espagne)
- tarissement progressif de la mane des métaux précieux
- une politique de puissance que le pays n'a progressivement plus les moyens d'assumer (l'Espagne est riche mais la péninsule ibérique est un territoire pauvre)
- un territoire partagé entre plusieurs couronnes (Castille, Aragon...)
- des inégalités sociales fortes
- consanguinité des rois d'Espagne


                                                                        Velasquez - Les Menines


Quelques personnalités du Siècle d'Or:

Politique:
Charles Quint

Philippe II
- Luis de Zuñiga y Requesens
- Marguerite de Parme
- Antonio Perez

Philippe III
- Francisco Gomez de Sandoval y Rojas , duc de Lerma
- Cristobal de Sandoval

Philippe IV
- Gaspard de Guzman, Comte-Duc d'Olivarès


Généraux et hommes de guerre:
Duc d'Albe
Emmanuel-Philibert de Savoie

Don Juan d'Autriche

Alexandre Farnèse
Ferdinand d'Autriche, dit le Cardinal-Infant
Gonzalo Fernandez de Cordoba


Religion:
(Sainte) Thérèse d'Avila
(Saint) Jean de la Croix
(Saint) Ignace de Loyola
(Saint) François Xavier
Bartolomé de Las Casas
Francisco de Vitoria
Diego de Covarrubias

Architecture:
Juan de Herrera
Juan Gomez de Mora

Littérature et théâtre:
Cervantès

Calderon de la Barca

Tirso de Molina

Lope de Vega
Luis de Gongora
Francisco de Quevedo y Villegas
Cristobal Perez de Herrera

Peinture:
Le Greco

Luis de Morales
Diego Velasquez
Juan de Juanes
Francisco de Zurbaran
Bartolomé Esteban Murillo
Alonso Sanchez Coello
Juan Fernandez Navarette

Musique:
Tomas Luis de Victoria
Luis de Milàn
Alonso Lobo

 


Sources:
Bartolomé Bennassar: Un Siècle d'Or espagnol

Joseph Pérez: L'Espagne de Philippe II

Lecture complémentaire:

Arturo Perez-Reverte: Le Capitaine Alatriste

Par Titony - Publié dans : Focus sur - Communauté : Passion Histoire
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 17:05

Oncle Jorge, lequel était presque centenaire, avait été passablement ébranlé dans ses convictions après sa rencontre avec la sorcière démoniaque de Trévoux... et je le confesse, moi aussi. Il avait décidé que l'exorcisme et la chasse aux sorcières, c'était fini pour lui. Effectivement, il faut toujours savoir quand passer la main. Sentant qu'un ultime retour vers Grenade représenterait un risque trop grand pour lui, il choisit de transmettre son savoir à une nouvelle génération d'hommes d'Eglise. En ces temps troublés où il était nécessaire pour tout bon catholique de se battre pour sa foi, former des prédicateurs et des inquisiteurs en vue des luttes à venir était un acte de piété.


En 1519, les membres de la Confrérie de la Trinité avait créé le collège qui porte leur nom. Celui-ci était dirigé depuis 1565 par les Jésuites et attirait nombre de jeunes gens tout à fait prometteurs.

Dans ce collège, on formait des prédicateurs, des inquisiteurs, des exorcistes capables de pourchasser les hérésies partout où elles pouvaient se trouver. Les professeurs étaient tous des religieux qui avaient eu des carrières exceptionnelles avant de passer la main dans leurs domaines d'action respectifs... et le siège de professeur d'exorcisme était vacant depuis peu. Oncle Jorge étant le plus vénérable spécialiste en la matière à des lieues à la ronde n'aurait aucune difficulté à obtenir le poste.
Bien sûr, l'hérésie qui telle la peste avait frappé environ un tiers de la population de Lyon avait affecté ce collège. En 1561, son principal nommé Barthélemy Aneau fut assassiné après avoir été soupçonné de protestantisme. Le collège de la Trinité était redevenu le bastion inexpugnable du catholicisme dans l'ancienne capitale des Gaules...

L'actuel principal est un Jésuite se nommant Edmond Auger et passe pour un des hommes les plus éloquents du Royaume de France. Lors de l'épidémie de PESTE qui avait frappé la ville quelques années plus tôt, il avait joué un rôle majeur dans les soins apportés aux malades. Par ailleurs, il avait échappé aux griffes du baron des Adrets qui l'avait condamné à mort quand il avait assiégé Lyon.
Les entretiens préliminaires avec le Señor Auger furent une formalité tant le pédigrée de l'Oncle Jorge était éloquent. Il nous emmena par conséquent à la rencontre des futurs collègues du vénérable exorciste.

Dans un couloir, je faillis être renversé par un nabot frénétique aux cheveux frisés et aux sourcils brousailleux qui était poursuivi par trois autres nains. Le Señor Auger les tança sévèrement.
- Cette petite créature est-elle un des élèves? demandai-je innocemment.
- Oui, il se nomme Raymond.
- Je ne veux pas être désobligeant, mais des sourcils pareils, ce n'est pas humain...
- Certes mais quand on les lui a rasés, il a eu des problèmes d'équilibre: il ne tenait plus debout et tombait systématiquement en arrière à cause du poids de l'arrière de son crâne... Ils font contrepoids... acheva-t-il, l'air dépité.
- Ca craint...

Or donc, nous arrivâmes près d'une cellule dans laquelle se trouvait un Franciscain en prières... quoique l'expression sommeil profond semblait plus appropriée. Il me fut présenté en ces termes:
"Le frère franciscain Jean Porthais est notre professeur de controverse.  Narcoleptique, il est par ailleurs incapable de faire une phrase de moins de cinq minutes sans employer l'imparfait du subjonctif... au bout desquelles il s'endort. Pour le réveiller, le moyen le plus efficace est de lui frotter les lèvres avec de l'ail, d'où une haleine capable de tuer toutes les mouches qui croisent sa route... dernièrement, il a tué un poney en lui éternuant dessus. A part ça, il a pour passion la sculpture sur cancoillote. Mais il est très bon dans son domaine."

Il referma la porte, estimant qu'il était plus sage de ne pas le réveiller et me conduisit à la cellule suivante d'où on entendait des hurlements effrayants. La femme qui y résidait semblait tout à fait hystérique...
"Soeur Paloma de Cordoue est une Carmélite et fut une des disciples de Thérèse d'Avila . Elle enseigne les Evangiles. Myope comme une taupe, elle a la particularité de n'avoir qu'une oreille, ce qui fait qu'elle ne peut porter de lunettes. Elle a donc tendance à se cogner sur tout ce qu'elle croise. Elle est à moitié sourde aussi, c'est pourquoi elle hurle quand elle parle... ce qui dans un ordre de religieuses contemplatives est assez gênant. Pour finir, elle ne se nourrit que d'hosties et collectionne les pigeons morts."

Nous décidâmes de ne point la déranger, de peur qu'elle nous confonde avec quelqu'un d'autre et nous nous rendirent à la cellule suivante dont la porte était recouverte de projections de peinture.
"Voici notre professeur de mysticisme, le frère Jésuite Luc Guarrini qui nous vient tout droit de Naples. Il a décidé de mettre à profit le fait qu'il était atteint de Danse de Saint Guy pour se lancer dans ce qu'il nomme la peinture abstraite. Certes, on a essayé de le brûler quand on a supposé qu'il était possédé mais il est ignifugé. Les théologiens de Naples ont donc considéré cela comme un miracle et c'est ainsi qu'il est devenu Jésuite. Il a inventé une recette de cuisine qu'il a nommé Pizza: de la pâte recouverte de tomates concassées et de fromage..."

Edmond Auger referma promptement la porte quand le Jésuite fut pris de mouvements incontrôlés et commença à projeter de la peinture sur les murs. Il me conduisit alors vers la dernière cellule du couloir, laquelle renfermait un dominicain au regard fou.
"Je vous présente Fra Timoteo de Padoue, notre professeur de théologie. C'est une sorte de fou un peu... mystique qui se fout de la gueule du monde! Il collectionne les sandales gauches et est monicophage... non, pas onychophage car se serait bien s'il se contentait de manger ses ongles... Non, son truc à lui, c'est de s'en prendre à toutes les représentations de Sainte Monique (protectrice des mères et elle-même mère de Saint Augustin) qu'il croise: peintures, sculptures, reliquaires, tout y passe... La nuit, il rêve qu'il est un ornithorynque."

Inutile de dire que j'étais abasourdi par ces descriptions qui venaient de m'être faites. J'interrogeais le Señor Auger:
- Etes vous certain que mon Oncle pourra enseigner ici? Vos enseignants me semblent être des cas assez extrèmes.
- N'ayez crainte, en dépit de leurs travers respectifs, ce sont des experts dans leur domaine. Et puis un centenaire aveugle qui a vu une sorcière volante qui a détruit une ville en un battement de cils, c'est d'une normalité affligeante quand je regarde les autres, élèves et professeurs compris.
- Si vous le dites.
- Cependant, je me demande ce que j'ai pu faire au Seigneur pour mériter ça. Parce que ce n'est pas avec des bras cassés pareils qu'on va la sauver notre foi catholique.
- Il ne faut désespérer de rien, répondis-je.

Puis je pris congés car le lendemain, nous devions reprendre la route vers Paris, en passant par la ville de Belley... Quand il referma la porte du Collège derrière moi, je crus entendre le Señor Auger hurler: JE SUIS DIONYSOS!!!



Par Titony - Publié dans : Récit
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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 18:16

La Dombes est une région inculte, insalubre et marécageuse située au Nord est de la ville de Lyon. Un fait notable est que les paysans de cette contrée survivent principalement de l'élevage des carpes... Elle fait partie du gouvernement général de Bourgogne, plus précisément des terres du comte de Bourbon (Henri III de Bourbon ou Henri de Navarre) et sa ville principale se nomme Trévoux... et c'est là-bas même que mon oncle Jorge l'exorciste aveugle,Sergio mon fidèle valet et moi-même nous rendions en ce froid matin d'hiver. Certes, le roi François 1er avait ôté ces terres aux Bourbons après avoir accusé le connétable de félonnie mais le roi François II les leur avait restituées...
Il n'y a pas grand chose de notable concernant Trévoux si ce n'est que la ville est dominée par un château-fort comportant une tour octogonale d'un fort beau gabarit et qu'une des tours de cet édifice fut sapée lors d'un siège dudit édifice par les troupes hérétiques en 1563.


Mais revenons un peu en arrière... plus tôt dans la matinée, mon oncle et moi arpentions lentement la route boueuse dans un carrosse, ce qui était d'un confort appréciable: nous étions isolés du froid polaire, de l'humidité... et surtout de l'odeur, car les marais, ça sent vraiment très mauvais, quand notre cochet fit une halte. Là, nous entendîmes distinctement une voix féminine qui lançait des bordées d'injures à faire pâlir de honte une confrérie de charretiers. Les rapporter ici serait purement indécent, pourtant, je ne résisterai pas à vous en faire partager un florilège des plus pittoresques:
- figures de pain sucé
- éleveurs de chèvres turques
- mangeurs de chaussures
- faces de portraits cubistes
- chiens d'aveugle
- plastrasses
- gobis en chaleur.
Et j'en passe... A sa décharge, il faut dire que la femme en question était dans une posture fort peu enviable. En effet, elle était empalée et démembrée. Il était d'ailleurs étonnant qu'elle trouve la force d'insulter les honnêtes passants avec une telle véhémence. J'avisai Oncle Jorge qui m'expliqua qu'il s'agissait de la femme qu'il avait condamné quelques jours plus tôt. Pour la faire taire, je pris donc une grosse pierre et la lui jetai avec force en travers de la figure en lui disant: " Tais-toi donc, ribaude impie!" Mon tir fut d'une efficacité telle qu'elle rendit son dernier soupir dans une ultime insulte: "coiffure de David Guetta."

Nous continuâmes notre route jusqu'à la ville de Trévoux dans un silence de confessionnal car nous avions décidé de ne point commenter plus avant cet épisode peu reluisant.

(NDA: Ne pas transmettre ce passage à SM)

La place centrale de la ville était en effervescence. Toute la populace s'y était réunie et hurlait sa vindicte à une créature attachée à un poteau, laquelle était ceinte d'un tas de bois jusqu'à hauteur d'épaules. Elle allait être brûlée vive mais ne semblait pas le moins du monde effrayée par cette perspective.
Certes, elle ressemblait à une femme. Petite de taille, fine, musculeuse, avec la peau sombre... non pas noire comme le sont les femmes d'Afrique mais une couleur plus diabolique: une sorte de gris bleu. Les cheveux longs, raides et argentés qui encadraient un visage fin et sans âge. Ses yeux avaient la même couleur que ses cheveux avec des pupilles en forme de X. Il allait de soi qu'elle était un démon. Elle contemplait la foule d'un air insensible et n'esquissa qu'un vague sourire sardonique à l'arrivée de mon oncle.

Jorge de Burgos s'adressa à la foule en ces termes:
"Peuple de Trévoux, voici venu pour vous le temps de la délivrance des malheurs qui frappent votre contrée. Avec le sacrifice du démon du marais, il en sera fini des maladies, des enfants qui naissent avec de la mousse dans les oreilles, des moutons à deux têtes et de toutes les autres diableries qui hantent ces lieux! rendons grâce à notre Seigneur et que dans sa puissance, il ramène paix et harmonie en ces terres! Prions!"
Et ils prièrent...
J'avais les pires difficultés du monde à ne pas croiser le regard de la diablesse... car il était clair qu'il y avait en elle quelque chose de séduisant: à la fois merveilleux et terrifiant.
- Toi qui dis te nommer Vinlaarie Mortséide es-tu prète à confesser tes fautes avant d'aller rejoindre ton créateur? demanda Oncle Jorge.
- Vous autres cancrelats êtes désespérants de stupidité... allumez votre feu si cela vous amuse... mais je vous promets que cela sera votre dernière erreur... répondit le démon.

Le chef du village bouta donc le feu au bûcher. Les flammes s'élevèrent lentement, commençant à lécher les chairs de la femme, laquelle, au lieu d'hurler, éclata d'un rire cruel. Quelques minutes s'écoulèrent et les villageois hystériques lui jetaient des pierres et des oignons pourris à la figure. JE HAIS LES OIGNONS!!! hurla-t-elle. Et un vent glacial balaya la place et le bûcher, éteignant les flammes. Les rondins brûlants volèrent tout autour de nous, perçant à qui le flanc, à qui la face, à qui les membres. Des têtes et des jambes volèrent sous les impacts des bûches, répendant du sang partout. C'était un spectacle horrible!
Le démon s'était soulevé du sol et lévitait au-dessus des survivants qui cherchaient à s'enfuir. Ce fut alors qu'un nuage de sang se forma autour dudit démon et que sa bure blanche se changea en une robe indécente qui semblait faite de soie et d'acier couleur rouge sang. Elle avait les épaules découvertes, un corset de métal qui lui remontait la poitrine, des gantelets  et des chausses faits de ce même métal diabolique et une jupe de soie...
Dans sa main gauche apparut du néant une flamberge noire nimbée d'une aura ténébreuse. Il me sembla que celle-ci murmurait des malédictions. Le sourire de la femme laissa apparaître des crocs et ses yeux étaient devenus lumineux. Elle se déplaça alors avec une célérité confondante, tuant femmes, hommes et enfants qui tombaient comme des mouches sous les coups de son fer. Je n'avais jamais vu pareille combattante. Un des alguazils lui tira dessus mais cela n'eut aucun  effet sur ce démon sorti de la bouche de Satan en personne. Ce fut son dernier geste car elle le regarda dans les yeux, ce qui eut pour effet de faire bouillir son sang!

Après quelques secondes, il ne restait plus personne debout hormis elle, Oncle Jorge et moi. Contre mon pied, je sentis quelque chose d'humide et de collant au niveau de mes chausses. Oncle Jorge s'était oublié. Certes, il n'avait rien vu, mais il était certain qu'il avait ressenti l'indicible Terreur que cette sorcière provoquait.
Elle se campa devant nous, nous regardant avec un air que je qualifierais d'amusé et elle commença à parler: "Logiquement, vieillard, je devrais te tuer... enfin... disons que tu aurais déjà dû mourir de peur. Comme tu as survécu et que je suis une femme d'honneur je te laisserai la vie sauve. Cependant, il ne faut vraiment pas avoir de mère pour se faire pipi dessus de la sorte."
N'écoutant que mon inconscience, je dégainai mon épée et dit en signe de défi: "Je suis Antonio de la Santa Crutcha, tu as voulu tuer mon oncle, prépare-toi à mourir!" A peine eus-je fini a phrase que ma rapière quitta ma main et alla se planter à l'autre bout de la place.
- Je suis Vinlaarie Mortséide, immortelle Princesse des Ténébrants, Maîtresse des Exolicteurs et Gardienne de la Troisième Porte. Et ceci n'est pas mon histoire. Economise ta salive et laisse-moi retourner d'où je viens car j'ai assez perdu de temps avec vous autres misérables humains.
- Mais si ce n'est pas votre histoire, pourquoi êtes-vous ici?
- Certainement à cause de l'imagination tordue de mon créateur... mais avant de repartir, je vais détruire cette ville. Maintenant que tout le monde est mort, elle ne sert plus à rien.

Et elle joignit le geste à la parole. Tous les édifices hormis le château furent balayés, comme si son seul désir avait provoqué cette destruction. Avant de s'en aller, elle s'approcha et me glissa dans l'oreille: "Bien sûr, il est inutile de raconter cette histoire. Personne ne te croira petit homme."

C'était clair: raconter ça me vaudrait un aller simple pour le bûcher.

Par Titony - Publié dans : Récit
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 15:58

Parce qu'il y a un truc que j'aime beaucoup et qui est nommé "notes de bas de pages", j'ouvre une nouvelle catégorie... En hommage à ces dites notes, ces petits caractères qui en disent souvent très long et qui sont très intéressantes la plupart du temps. En général, elles servent à renvoyer à une référence quelconque ou à compléter une citation qui serait trop longue, ou...
Les notes de bas de page sont donc très pratiques quand on lit un livre d'histoire... ou quand on essaie tirer la substantifique moelle pour un cours, un exposé, un mémoire, etc. SAUF QUE les éditeurs ne semblent pas avoir compris cela... et les notes sont au mieux, en fin de chapitre, voire pire, en fin d'ouvrage, ce qui gène grandement la lecture. Deux solutions:
- le lecteur est courageux et perd un temps fou à aller rechercher ce à quoi renvoie ladite note (au risque de perdre le fil)
- le lecteur est paresseux et continue sa lecture (donc, il perd une partie du contenu).
Oui, je sais, c'est un peu idiot comme fixation mais chacun son truc et le mien, c'est de mettre les notes en BAS DES PAGES.

Hélas, sur un blog, on ne peut pas en faire... d'où cette catégorie pour préciser quelques points relatifs aux autres articles...

Où on fait une traversée sans encombre, si ce n'est du mal de mer
Le dialogue entre Antonio et Armando Menéndez de Avilès est inspiré du film Erik le Viking de Terry Jones. Plus précisément du dialogue entre Thorfin le pourfendeur et Ivar le peureux.

Où on débarque à Marseille... enfin presque et où on trouve une taverne pour y loger
Là, le logo Plus Belle la Vie dit tout: le personnel de l'auberge en est directment inspiré. Mêmes noms sauf une attitude un poil plus caricaturale (comme s'ils ne l'étaient pas déjà).

Où on arrive à Toulon et qu'on y passe une semaine
Là, un petit hommage au club de supporters du RCT nommé les Fils de Besagne et à leur point de rencontre, le Roosevelt.
La citation "La Justice pour tous, les faveurs pour mes amis." aurait été attribuée par Maurice Arreckx à Marius Escartefigue, un de ses emblématiques prédécesseurs à la mairie de Toulon, l'homme qui notamment avait réussi à conquérir la mairie en réalisant l'union de l'évêché et du milieu... Deux hommes qui furent d'une probité et d'une intégrité TRES contestables...

Où on rencontre un bandit de grand chemin
Le dialogue entre Antonio et le bandit est inspiré du film Guns 1748 (Plunkett & Mac Laine en VO), plus précisément du passage où les deux bandits détroussent l'ambassadeur d'Espagne.
Pour se débarasser des importuns, Antonio a recours à une technique assez "en vogue" à MAdrid à cette époque. Il faut savoir une chose: au cours de "Siècle d'Or", les discussions et les différends se règlent souvent à la pointe de l'épée... et l'utilisation de la cape, à la fois pour dissimuler sa lame et pour distraire l'adversaire est fréquente.... d'où le terme espagnol de capeador, pour désigner les spadassins et autres malandrins qui ont recours à ce genre de stratagème.

Où en Avignon, il n'y a que sur le Pont que tout tourne rond...
La mention de la charette avec les morts dessus est bien évidemment un clin d'oeil à Monty Python: Sacré Graal, plus particulièrement, à ce passage
Comme vous l'aurez remarqué, Antonio ne se souvient jamais du nom de son valet Sancho, d'où l'exaspération de ce dernier. Mais pourquoi Sancho? PARCE QUE dans Orgazmo, un film de Matt Stone et Trey Parker (les créateurs de South Park), on peut voir cette scène. N'oubliez jamais: n'est pas Sancho qui veut...


Par Titony - Publié dans : Notes de bas de page
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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /Jan /2009 21:04

Lyon n'est pas une ville trop désagréable à vivre... pour celui qui sait éviter les ennuyeux et autres solliciteurs de tout poil. Un peu dangereuse certes, pourvu qu'on évite les immeubles explosifs. En effet, la maison de l'alchimiste située à deux pas de mon auberge avait littéralement volé en éclats la nuit de mon arrivée. La peste soit de ces gens-là!!! Les alguazils avaient fait évacuer tout le quartier et en cette nuit hivernale et glaciale, se retrouver en chemise de nuit  dans la rue n'avait rien d'une synécure...
Il était de plus en plus évident que le sort s'acharnait contre moi. Que n'étais-je pas resté dans ma geôle humide et sombre? Ah oui!, Je me souviens: pour éviter le bûcher, j'avais accepté de rendre compte pour mon Roi des affaires courantes du Royaume de France. Le Seigneur tout Puissant punissait certainement ma lâcheté!

Si les débris de la maison dudit alchimiste avaient volé au loin, ce n'était rien comparé aux morceaux dudit alchimiste... Ce matin, on en avait retrouvé une jambe et une oreille au-delà du rempart qui barre la presqu'île. Une mort spectaculaire vous en conviendrez mais un peu sale... Enfin, ne comptez pas sur moi pour plaindre cet homme. Après tout, la frontière entre alchimie et sorcellerie étant ténue, il n'aurait pas connu tel sort s'il s'était consacré à la prière ou au tricot plutôt que de s'adonner à des pratiques scientifico-diaboliques...

Enfin passons sur ces détails scabreux et concentrons-nous un instant sur un point essentiel (NDA: ne pas transmettre ce passage à SM pour s'éviter un aller simple au bûcher)...
J'errais sans but précis dans les rues encombrées et bruyantes de la cité quand une pancarte attira mon attention: une croix verte sur fond blanc sur laquelle était écrit: Avi Rabbinovicz, APOTHICAIRE. Je me souvenais que mon grand-père Jesus de la Santa Crutcha avait un frère nommé Avi et que celui-ci avait choisi l'exil à la conversion. Cependant, si c'était lui, il aurait à l'heure actuelle plus de cent ans, un âge canonique digne de Mathusalem... Enfin, je décidai de pousser l'échoppe dont émanait une odeur improbable due au mélanges d'herbes, potions, décoctions et autres joyeusetés. Etagères, tiroirs, pots de fleurs, alambics, livres étaient entassés de manière chaotique (un défi à la loi de la gravité à l'insu de celle-ci pourrait-on dire) derrière un comptoir de chêne massif.


L'apothicaire, un homme d'à peu près mon âge, aux cheveux et à la barbe noire, s'entretenait avec un homme à la voix rauque, aux mains parcheminées, lequel était un DOMINICAIN. Inutile de vous dire à quel point cette scène était irréelle. Je crus un instant que mes sens avaient été abusés par un quelconque philtre hallucinogène...
Le vieillard tourna son regard blanc en disant à l'apothicaire: "Occupe-toi donc du client." Je fus étonné de me retrouver face à face avec mon oncle Jorge de Burgos, l'exorciste aveugle, le troisième frère mon grand-père Jesus!

Antonio: Oncle Jorge? J'ignorais que vous étiez à Lyon.
Jorge: Je connais ta voix... ne serais-tu pas Antonio, le fils de Salvador Jesus?
Antonio: Assurément.
Avi: Oncle Jorge, ne me présentes-tu pas?
Jorge: Antonio, voici ton cousin Avi... le petit-fils de mon frère Avi, qui vient de succéder à son père Avi à la tête de cette échoppe.
Antonio: Enchanté... euh... et toutes mes condoléances pour feu votre père.
Avi: Moi de même, cousin Antonio. Et merci pour lui. N'ayez pas peur et venez partager cette bonne bouteille de vin d'Anjou avec nous.
Antonio: Volontiers. Par contre, si je puis me permettre, cousin Avi, vous ne faites dans l'original quand il s'agit de choisir des prénoms...
Jorge: Tu sais, Antonio, tous tes ancêtres masculins portent les mêmes prénoms: l'aîné se nommait Chlomo, le second fils Avi et le troisième fils, Iscol. Ainsi, avant ma conversion et mon entrée chez les dominicains, je me nommais Iscol Rabbinovicz.
Avi: Bien sûr, à l'origine, notre famille n'était pas dans la Péninsule Ibérique mais en Pologne... On a émigré. Donc, nous ne sommes pas vraiment séfarades... nous sommes ashkénazes. Tu suis?
Antonio: Oui... mais tout cela me semble compliqué. Mais buvons à ces retrouvailles familiales, parce que là, je sens que je vais avoir besoin de boire...
Jorge: Assurément, aujourd'hui, c'est vendredi, il faut donc communier. Le sang du Seigneur...
Avi: Vous ne croyez pas tout de même pas à la transubstantiation?
Jorge: Ne blasphème pas!
Avi: Oh! Ca va! Ce n'est pas parce que vous vous opposez avec les luthériens depuis soixante ans sur le sujet que vous détenez la Vérité!
Antonio: Allons allons, ne nous querellons pas entre nous... après tout, mon oncle, le cousin Avi ne croit pas en Notre Seigneur Jesus Christ.
Avi: Euh... ne me faites pas le couplet sur la "vraie foi", je vous en supplie. Après tout, vous êtes des renégats, vous avez choisi la conversion... et en plus, vous êtes devenus plus catholiques que les rois d'Espagne... alors que vous auriez pu choisir l'exil.
Jorge: C'est pas faux.
Antonio: C'est quoi que vous n'avez pas compris dans son explication mon oncle?
Jorge: Cesse tout de suite tes blagues de Kaamelot, Antonio. Quant à toi Avi, tu sais parfaitement pourquoi on a choisi de rester.
Avi: Je sais, mon oncle... pour le soleil et parce que vous en aviez marre d'émigrer tout le temps... Mais bon, après tout, nous sommes le Peuple Elu!
Jorge: Enfin, des fois, on aurait aimé qu'il en choisisse un autre... parce que là, le Chemin de Croix, c'est de la rigolade par rapport à toutes les épreuves qu'il nous envoie depuis des siècles.
Antonio: En plus, on nous considère toujours comme le peuple qui a tué Jesus...
Avi: Parlons-en... il y a prescription. Il a été crucifié il y a plus de 1500 ans. Pour des chantres du PARDON, vous autres chrétiens, vous n'appliquez pas vos principes aux autres. On pardonne tout et n'importe quoi à n'importe qui... mais à nous, non! Et en plus, votre clergé...
Jorge: Là, tu marques un point Avi...
Antonio: D'autant plus qu'en ce moment, surtout en Espagne, il y a de l'abus, avec ces lois infâmes de "pureté du sang", je me retrouve en exil et j'ai perdu mon échoppe de chapelier...
Jorge: Quant à moi, s'il n'ont pas fait d'enquête sur mon compte, c'est parce que je suis le meilleur exorciste de l'Ordre.
Avi: Vous voyez, ça ne vous a servi à rien de devenir de "bons catholiques". Vous avez choisi la facilité...
Antonio: Enfin, tu avoueras que le discours de Jesus Christ est intelligent.
Avi: Oui... si ce n'est que c'est devenu une construction politique: on a écarté des textes, on a inventé des trucs et des concepts par la suite, on a créé l'Eglise... Tout ça n'a plus rien à voir. Je vous concède cependant que son discours était assez vendeur: dire que Dieu aimait les hommes et qu'il leur pardonnait toutes leurs fautes... C'est plus sympa que des châtiments comme le Déluge, la destruction de Sodome et Gomorrhe, le sacrifice d'Isaac...
Antonio: Tu veux dire qu'il présente Dieu sous un aspect plus paternel et moins pyrotechnique...
Avi: J'aime assez...
Jorge: Madre de Dios! Cessez de blasphémer tous les deux!


Avi: D'accord, mon oncle... Antonio, tu nous as dit que tu étais en exil et en mission pour Philippe II. Donne-nous des détails.
Antonio: Ce serait trop long à expliquer... Mais je dois lui faire une relation précise de ce qu'il se passe en France. Je dois parcourir tout le pays... Adieu mon affaire de chapeaux... Et je n'ai dû mon salut qu'à la bienveillance de notre Roi.
Jorge: Quelle cruauté! Personne ne mérite un tel sort!
Avi: En effet, je compâtis... Moi, je n'ai pas à me plaindre de mes affaires...
Jorge: Et oui, en ce moment, les autorités royales ont d'autres chats à fouetter.
Antonio: Que voulez-vous dire mon oncle?
Avi: La France est déchirée entre "huguenots" et "catholiques", s'entretuant à qui mieux-mieux. Bien sûr, le peuple souffre... mais après tout, il faut croire que la foi est la plus importante.
Jorge: Quoique ça n'empêche pas les catholiques de ne pas aimer les juifs et de préférer simplement s'imaginer des choses sur eux plutôt que de chercher à les comprendre... Beaucoup se parent de vertu, de probité et de lin blanc mais peu refusent de comprendre que nous faisons au fond partie de la même famille... Une grande famille dans laquelle suit la voie qu'il s'est choisi...
Antonio: Comme dans notre famille à nous. Mais dites-moi, mon oncle, vous pratiquez toujours l'exorcisme?
Jorge: Oui, j'en ai pratiqué un pas plus tard que la semaine dernière. Une pauvre pyromane fille soi-disant possédée... en fait, une menteuse qui n'avait qu'une envie: mourir brûlée vive comme une sorcière par décision d'un homme d'église... Il fallait le voir pour le croire.
Antonio: Et comme vous êtes aveugle, vous n'en avez rien cru... Plaisanterie mise à part, comment l'avez-vous démasquée?
Jorge: Elle m'a regardé et a hurlé: "Ta mère suce des bites en Enfer!" N'importe quoi! Votre arrière grand-mère est encore vivante... à 121 ans. Alors, pour la punir, je l'ai faite démembrer et empaler... Elle doit toujours être en train de hurler des malédictions à mon encontre. Fallait pas insulter maman! Mais si tu veux Antonio, je vais demain brûler une sorcière dans la Dombes.
Antonio: Pourquoi pas.

Et la conversation dura et dura...

Par Titony - Publié dans : Récit
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