De la notion de "Siècle d'Or espagnol":
L'expression "Siècle d'Or Espagnol" (Siglo de Oro), désigne (en théorie) la période de rayonnement de la culture espagnole dans la première
moitié du XVIIe siècle, qui correspond à son déclin sur le plan politique... L'expression est très parlante pour qui est un peu érudit ou tout simplement curieux. Le "Siècle d'Or"
correspond à la fois à la période où l'Espagne domine l'Europe sur le plan politique et conquiert le Nouveau Monde et à la période où sa culture rayonne dans divers domaines. Des
personnalités de ce "Siècle d'Or" comme Cervantès, Greco, Velasquez ou Philippe II sont connues de tous. Le "Siècle d'Or", c'est un peu comme le "Grand Siècle" pour parler du XVIIe siècle
ou encore, "Siècle des Lumières" pour désigner le XVIIIe siècle en France.
Cependant, cette notion a une acception assez différente dans
l'historiographie espagnole. Quand les dictionnaires n'éludent pas la question, ils en proposent une définition restrictive.
Dans le Dictionnaire de l'usage de l'espagnol (1980), la définition est la suivante: "Toute période de splendeur, de justice, de bonheur... spécifiquement l'époque de
la plus grande splendeur de la littérature espagnole qui couvre une partie des XVIe et XVIIe siècles." Ce qui exclut de fait des réalisations comme l'Escorial, la Plaza Mayor de Madrid ou des
artistes comme Velasquez, Zurbaran ou Luis de Milàn... L'Encyclopédie espagnole de Espasa-Calpe ne donne qu'une définition à peine plus élargie et reprend celle donnée dans le Diccionario
Hispano-Americano de Montaner y Simon (qui date de 1896).
Dans d'autres ouvrages comme le Diccionario de la Lengua Española de l'Académie
royale espagnole ou le Diccionario de Historica de España, l'expression "Siècle d'Or" n'apparaît pas du tout. Par contre, le concept de Légende Noire est présent dans l'historiographie
espagnole (je ne maîtrise pas assez le sujet pour me lancer dans un long discours sur la perception qu'un peuple peut avoir de sa propre histoire mais je
trouve cela fort intéressant...).
Même Wikipedia ne considère le Siècle d'Or espagnol que sous ses aspects culturels...
Marcelin Desfourneaux, dans son ouvrage intitulé La Vie quotidienne en Espagne au Siècle d'Or (1964), propose la définition suivante:
"Consacrée par l'usage en Espagne même, l'expression 'le Siècle d'Or' (el Siglo de Oro) est susceptible d'une double interprétation. Ou bien elle recouvre toute la longue période -un siècle
et demi- qui va de Charles Quint au traité des Pyrénées, et au cours de laquelle, l'or, et surtout l'argent venus d'Amérique, permettent à l'Espagne de soutenir de grandes entreprises au dehors
et d'étendre l'ombre de sa puissance sur l'Europe entière, alors même que, dès la fin du règne de Philippe II, se manifestent dans sa vie intérieure des symptômes non équivoques d'épuisement
économique. Ou bien elle s'appliquent à l'époque qu'illustre le génie de Cervantès, de Lope de Vega, de Velasquez et de Zurbaran, et pendant laquelle l'Espagne, politiquement affaiblie, s'impose
à ses voisins par le rayonnement de sa culture qui, dans le domaine littéraire surtout, suscite au-délà de ses frontières et spécialement en France, des imitations où se nourrira notre Grand
Siècle."
M. Desfourneaux pose bien la problématique du décalage chronologique entre le rayonnement politique et le rayonnement culturel mais ne choisit pas quel aspect définit le mieux ce qu'est le
"Siècle d'Or" espagnol.
Il semble en définitive qu'il n'y a pas définition vraiment "officielle" de ce concept. Pour ma part, si je devais le définir, je me contenterais de reprendre cette définition de M. Desfourneaux,
à ceci près que je remplacerais le "Ou bien" par un ET (pour montrer qu'il faut l'entendre au sens large et que tous les apsects sont liés) ou par un PUIS (pour marquer le décalage
temporaire).
Bartolomé Bennassar, dans son ouvrage intitulé Un Siècle d'Or espagnol (1982) et dont j'ai repris l'introduction dans ses grandes lignes propose
cette définition: "la mémoire sélective que nous avons d'une époque où l'Espagne a tenu un rôle dominant, qu'il s'agisse de la politique, des armes, de la diplomatie, de la monnaie, de
la religion, des arts ou des lettres."
Paradoxalement, l'Espagne porte tous les germes de sa future décadence au cours de cette période:
- conflit aux Pays Bas (qui demeure le coeur économique des possessions des rois d'Espagne)
- tarissement progressif de la mane des métaux précieux
- une politique de puissance que le pays n'a progressivement plus les moyens d'assumer (l'Espagne est riche mais la péninsule ibérique est un territoire pauvre)
- un territoire partagé entre plusieurs couronnes (Castille, Aragon...)
- des inégalités sociales fortes
- consanguinité des rois d'Espagne
Velasquez - Les Menines
Quelques personnalités du Siècle d'Or:
Politique:
Charles Quint
Philippe II
- Luis de Zuñiga y Requesens
- Marguerite de Parme
- Antonio Perez
Philippe III
- Francisco Gomez de Sandoval y Rojas , duc de Lerma
- Cristobal de Sandoval
Philippe IV
- Gaspard de Guzman, Comte-Duc d'Olivarès
Généraux et hommes de guerre:
Duc d'Albe
Emmanuel-Philibert de Savoie
Don Juan d'Autriche
Alexandre Farnèse
Ferdinand d'Autriche, dit le Cardinal-Infant
Gonzalo Fernandez de Cordoba
Religion:
(Sainte) Thérèse d'Avila
(Saint) Jean de la Croix
(Saint) Ignace de Loyola
(Saint) François Xavier
Bartolomé de Las Casas
Francisco de Vitoria
Diego de Covarrubias
Architecture:
Juan de Herrera
Juan Gomez de Mora
Littérature et théâtre:
Cervantès
Calderon de la Barca
Tirso de Molina
Lope de Vega
Luis de Gongora
Francisco de Quevedo y Villegas
Cristobal Perez de Herrera
Peinture:
Le Greco
Luis de Morales
Diego Velasquez
Juan de Juanes
Francisco de Zurbaran
Bartolomé Esteban Murillo
Alonso Sanchez Coello
Juan Fernandez Navarette
Musique:
Tomas Luis de Victoria
Luis de Milàn
Alonso Lobo
Sources:
Bartolomé Bennassar: Un Siècle d'Or espagnol
Joseph Pérez: L'Espagne de Philippe II
Lecture complémentaire:
Arturo Perez-Reverte: Le Capitaine Alatriste
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"Le frère franciscain Jean Porthais est notre professeur de
controverse. Narcoleptique, il est par ailleurs incapable de faire une phrase de moins de cinq minutes sans employer l'imparfait du subjonctif... au bout desquelles il s'endort. Pour le
réveiller, le moyen le plus efficace est de lui frotter les lèvres avec de l'ail, d'où une haleine capable de tuer toutes les mouches qui croisent sa route... dernièrement, il a tué un poney en
lui éternuant dessus. A part ça, il a pour passion la sculpture sur cancoillote. Mais il est très bon dans son domaine."
. Elle enseigne les Evangiles. Myope comme une taupe, elle a la particularité de n'avoir qu'une oreille, ce qui fait qu'elle ne peut porter de lunettes. Elle a donc tendance à se
cogner sur tout ce qu'elle croise. Elle est à moitié sourde aussi, c'est pourquoi elle hurle quand elle parle... ce qui dans un ordre de religieuses contemplatives est assez gênant. Pour finir,
elle ne se nourrit que d'hosties et collectionne les pigeons morts."
"Voici notre professeur de mysticisme, le frère Jésuite Luc Guarrini qui nous vient
tout droit de Naples. Il a décidé de mettre à profit le fait qu'il était atteint de Danse de Saint Guy pour se lancer dans ce qu'il nomme la peinture abstraite. Certes, on a essayé de le brûler
quand on a supposé qu'il était possédé mais il est ignifugé. Les théologiens de Naples ont donc considéré cela comme un miracle et c'est ainsi qu'il est devenu Jésuite. Il a inventé une recette
de cuisine qu'il a nommé Pizza: de la pâte recouverte de tomates concassées et de fromage..."
"Je vous présente Fra Timoteo de Padoue, notre professeur de
théologie. C'est une sorte de fou un peu... mystique qui se fout de la gueule du monde! Il collectionne les sandales gauches et est monicophage... non, pas onychophage car se serait bien s'il se
contentait de manger ses ongles... Non, son truc à lui, c'est de s'en prendre à toutes les représentations de Sainte Monique (protectrice des mères et elle-même mère de Saint Augustin) qu'il
croise: peintures, sculptures, reliquaires, tout y passe... La nuit, il rêve qu'il est un ornithorynque."
Le chef du village bouta donc le feu au bûcher. Les flammes s'élevèrent lentement,
commençant à lécher les chairs de la femme, laquelle, au lieu d'hurler, éclata d'un rire cruel. Quelques minutes s'écoulèrent et les villageois hystériques lui jetaient des pierres et des oignons
pourris à la figure.
L'apothicaire, un homme d'à peu près mon
âge, aux cheveux et à la barbe noire, s'entretenait avec un homme à la voix rauque, aux mains parcheminées, lequel était un DOMINICAIN. Inutile de vous dire à quel point cette scène
était irréelle. Je crus un instant que mes sens avaient été abusés par un quelconque philtre hallucinogène...
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