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  • : J'ai découvert en fouinant dans le grenier de ma grand-mère un vieux manuscrit espagnol datant du XVIe siècle. Poussé par la curiosité, je me suis lancé dans la traduction des aventures du chapelier Antonio de la Santa Crutcha dans le royaume de France...
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Rijksmuseum

Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 11:55


Mon histoire commence dans les cachots humides de l'Alcazar de Ségovie, ville dans laquelle mon grand-père, le rabbi Chlomo Rabbinovicz était venu s'installer à la chute de Grenade en 1492 et à la proclamation de l'infâme édit de l'Alhambra par les rois catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon) le 31 mars de cette année.  Comme beaucoup de ses correligionnaires, il avait opté pour la conversion au catholicisme et avait changé son nom en Jesus de le Santa Crutcha... ce qui était supposé signifier Jesus de la Sainte Croix... le souci étant que Crutcha ne veut strictement rien dire en espagnol (ça ne signifie même pas cruche). En effet, mon grand père ne parlait que très mal cette langue... Enfin, les apparences pour les autorités étant sauves, il put se faire chapelier et devint rapidement un des maîtres les plus en vue de la corporation des chapeliers de Ségovie.

En l'an 1501, la divine providence offrit un fils à mon grand-père. Celui-ci fut nommé Salvador Jesus de la Santa Crutcha et devint lui aussi chapelier. Les hasards de l'existence firent que mon père eut la chance d'attirer l'attention de Charles

par la divine clémence Empereur des Romains, toujours Auguste, roi de Germanie, de Castille, de Léon, de Grenade, d’Aragon, de Navarre, de Naples, de Sicile, de Majorque, de Sardaigne, des îles Indes et terres fermes de la mer Océane, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg et de Gueldre, comte de Flandres, d’Artois, de Bourgogne Palatin, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, de Ferrette, de Haguenau, de Namur et de Zutphen, prince de Zulbanc, marquis de Saint Empire, seigneur de Frise, de Salins, de Malines, le dominateur en Asie et en Afrique

à la bataille de Pavie en 1525. Sa Majesté décida de le faire Hidalgo mais mon père eut la sagesse de continuer à pratiquer son métier de chapelier dès lors qu'il fut relevé des ses obligations militaires envers son maître. Car, comme mon père le disait: "notre titre ne nous nourrira pas." En 1535, il épousa Dona Isabella de Polanco, la nièce de Juan de Polanco (lequel, en 1547 deviendrait le secrétaire d'Ignace de Loyola et un des rédacteurs des Constitutions de la Compagnie de Jesus) et qui était de presque 20 ans sa cadette.

Ceci explique que moi, Antonio Jesus Salvador de la Santa Crutcha y Polanco, ne naquis qu'en 1547. Un très bon cru, soit dit en passant car outre ma naissance:
- Ivan le Terrible devient Tsar de Russie pour le plus grand bonheur du peuple et des Boyards
- une épidémie force au transfert du Concile de Trente à Bologne
- l'empereur Charles triomphe de la ligue de Schmalkalden après avoir écrasé les hérétiques à Mühlberg
- Don Juan d'Autriche naît
- le tribunal de l'Inquisition est institué à Naples, ce qui provoque un soulèvement de la population
- sont publiés à Tolède les infâmes "Statuts de limpieza de sangre"
- François 1er, roi de France meurt...

Enfin voilà, mon père était alors devenu le chapelier officiel de notre bon roi Charles et de sa cour. Ainsi jouissait-il d'une grande faveur et d'une pension  tout à fait indécente dont je pus profiter... Lors de l'abdication de ce dernier, mon père conserva la faveur de son successeur, Philippe.
Je fus donc envoyé à l'université de Alcala de Henares où j'eus le plaisir de devenir ami de l'infant Don Carlos, fils du roi Philippe, de don Juan d'Autriche, fils bâtard de Charles et d'Alexandre Farnèse, fils de Marguerite de Parme (elle-même fille bâtarde de l'empereur Charles).


Don Carlos                     Don Juan d'Autriche               Alexandre Farnèse

Alors comment un homme comme moi, qui avait tout pour réussir s'est retrouvé dans un cachot tout pourri avec un rat borgne comme seule compagnie? La question mérite en effet d'être posée.

En 1567, les Moriscos du Royaume de Grenade se révoltèrent... et furent écrasés par Don Juan que je servis humblement en 1571. Dès lors, le Saint Office (que les corbeaux dévorent les foies des inquisiteurs) mena des enquêtes poussées pour vérifier de la "pureté" de chacun... Inutile de vous préciser que je me sentais fort mal à l'aise, en tant que petit fils de rabbin. Pourtant, je ne fêtais pas Hanouka ou Pessah... mais la pureté du sang devenait un moyen de gagner en faveur et un climat de dénonciation se répendait partout dans le royaume.

Je fus donc larcineusement dénoncé, en novembre 1571, par un ladre nommé Angel Jesus de Aranjuez y Cordobes (que les chiens lui gobent les yeux), lequel alla dire que, pour réaliser les chapeaux que je confectionnais pour notre seigneur, le très catholique Philippe, ainsi que pour leurs excellences les ducs d'Albe Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel et de Medina Sidonia Alonso Pérez de Guzmán el Bueno y Zúñiga, j'avais utilisé de la laine provenant d'Angleterre, terre d'hérétiques alcooliques et mangeurs de sauce à la menthe. Outre le fait que les statuts de la Corporation des chapeliers de Segovie interdisait d'utiliser de la laine anglaise, ce qui était déjà un fait gravissime, on m'accusait par ce biais à la fois de haute trahison et de lèse-majesté... Deux crimes d'autant plus impardonnables que mon ascendance était soi-disant "impure".
Cependant, mon oncle maternel Juan de Polanco usa de son influence pour mettre fin à l'enquête de moralité menée par les letrados du Colegio Mayor et leurs vils et veules alguazils. Ainsi, mon enfermement dans ce minable cachot fut fait sans aucune publicité et on me permit même d'envoyer une lettre à Sa Majesté Philippe...

Par Manouel Intellectouel - Publié dans : Récit
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 12:07


Il y a de cela plusieurs mois, j'ai été amené à fouiner dans le grenier de la maison de ma grand-mère... Oh, pas un de ces greniers modernes, chaleureux et accueillants qui servent de chambres ou qui sont les théâtres de ces émissions de décoration à la mode mais l'autre grenier: celui empli de poussière, assemblage chaotique de souvenirs et de secrets de vies d'hommes entières, refuge de colonies de rats ou de chauves souris, terrain de jeu favori des araignées.


Mon courage n'ayant que mon érudition pour égale, je grimpais à la vieille échelle de bois branlante et miteuse qui me menait dans ce véritable sanctuaire. Je sentais peser sur mes épaules le regard torve d'une chauve souris dérangée par ma présence mais après tout, la petite bète étant inoffensive, je n'en avais cure. Dans la pénombre, j'avais du mal à différencier le sol des objets qui y étaient déposés. C'était donc d'un pas prudent que j'avançais. Mon excitation céda rapidement la place à une immense déception: il n'y avait pas grand chose de très intéressant là dedans. Enfin, si... c'était intéressant mais pas de quoi fouetter un chiroptère ou un chat.



Mais il y avait cette vieille malle remplie de vieux livres. Des livres... quoi de plus intéressant me direz-vous? Ma réponse tiendra en 4 lettres: RIEN. Car rien n'est plus intéressant qu'un livre et dans cette malle, je fis de nombreuses découvertes... Dont ce manuscrit espagnol rédigé dans une écriture cursive nerveuse et élégante. Sa reliure ayant été rongée par les rats et nombre de ses pages ayant été endommagées ou tachées, j'eus les plus grandes peines du monde à le reconstituer. Je parvins néanmoins à retrouver la quasi-intégralité des aventures d'un maître chapelier de la ville de Ségovie poussé à l'exil par les letrados du Colegio Mayor, sous le règne du très catholique roi Philippe II:
Antonio Jesus Salvador de la Santa Crutcha y Polanco.


Les lacunes du texte originel ainsi que mes propres lacunes concernant la langue de Cervantès (qui est contemporain de l'auteur) font que la traduction pourrait être parfois un peu hasardeuse... mais je ne doute pas une seconde que vous me pardonnerez mes libertés par rapport audit texte et mes remplissages de ses divers vides... parce qu'après tout... je ne parle pas espagnol.

Par Manouel Intellectouel
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