Vu que je n'ai toujours pas de réseau sous
la main... ni d'ordi... je vous poste l'article que j'avais fait pour le site des Fils de Besagne à l'issue du match RCT - Toulouse... c'est du réchauffé, je sais... j'ai honte... mais des fois,
c'est bon la honte!
Souvenez-vous. Il y a quelques temps déjà, une chaîne de fast-food (pas celle avec le clown psychotique, l’autre), celle où sur présentation de votre d’abonné à Mayol, on vous offre un second
burger pour l’achat d’un menu XL avait sorti le Michalak Burger. Du fromage, une bonne sauce, de la viande, un numéro 10 gravé sur le pain. Très bon… pour du fast-food. D’ailleurs, ladite chaîne
avait sorti au même moment le Anelka Burger : poivré, avec de la salade… en quatre mots comme en un seul : moins à mon goût. Deux champions médiatiques, beaux gosses, avec il faut bien l’avouer
beaucoup de talent (et un caractère bien trempé dans le bon et le mauvais sens du terme) donnant leur image à ce que politiquement correct a nommé « malbouffe » a de quoi interroger. En fait oui
et non : on cherche à attirer une clientèle jeune, fan de sport… et avoir deux beaux mecs avec une image pas trop lisse, c’était au niveau marketing plus que bien joué. Car je me souviens encore
avec une certaine nostalgie du bon goût du Michalak Burger. Je me disais : « Ce Michalak, il est beau, il transpire le rugby par tous les pores de sa peau, les filles le badent depuis qu’il a
fait les Dieux du Stade… et son burger, il déchire trop sa race. Ce mec est définitivement énervant… » Enfin, tout ça pour dire que le Michalak Burger, c’est ma madeleine de Proust personnelle.
Oui, nous sommes en 2009 et il faut vivre avec son temps…
D’ailleurs, revenons au 20 septembre 2009 et à ce match Toulon – Toulouse chez nos voisins Phocéens : un stade pas plein, la faute à la pluie qui avait balayé la Provence durant toute la semaine
précédant le match… ou bien la faute à un refus d’une frange des supporters toulonnais d’assister à ce match délocalisé. Après une première mi-temps tendue et serrée conclue sur un score de 3
partout, ponctuée par l’exclusion temporaire de Davit Kubriashvili (qui a suscité une certaine incompréhension du public et fait que Fred Michalak fut pris en grippe par le public toulonnais),
les rouges et noirs de la Rade prennent le dessus sur les rouges et noirs de la Ville Rose, après une pénalité et un drop de Jonny Wilkinson. A la 50ème minute du match, le capitaine toulonnais
et idole de Mayol, Joe Van Niekerk fait parler toute sa classe, comme il le fera tout au long de la rencontre : il contourne la ligne de trois quarts toulousains, qui n’est rien moins que celle
de l’équipe de France. Pensez donc : Vincent Clerc le feu follet, Cédric Heymans, le meilleur trois quart français, Maxime Médard, etc. Un trois contre un que l’ex Springbok joue parfaitement. Si
la passe arrive à son destinataire, c’est l’essai, Toulon peut passer à 14 – 3 voire à 16 – 3. Toulouse prend l’eau et le doux parfum de la victoire peut commencer à arriver aux narines du
public. Et là, le drame : Fred Michalak intercepte la passe et va marquer entre les poteaux après une course de 80m.
Tout était superbe : le mouvement toulonnais, l’interception doublement décisive car elle remet les toulousains dans le sens du match, leur permet de repasser devant et surtout, les sauve du
doute. Joe Van Niekerk a fait un mouvement de très grande classe, tel que peu de joueurs seraient capables de faire et l’interception de Michalak était aussi un geste de très grande classe : de
la prise de risque, de l’audace, du talent… du sens du jeu. Et cela, ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Cependant, Fred Michalak a cru opportun de faire un geste provocateur à l’adresse
du virage sud. Et cela a provoqué les foudres du public toulonnais qui lui a adressé un standing ovation de fort mauvais aloi, comme y avaient eu droit JJ Crenca ou Rodrigo Roncero (deux superbes
piliers au demeurant). Sur le coup, le Michalak Burger m’est revenu à l’esprit et j’ai compris pourquoi il avait pu donner son nom à un burger (qui n’est pas Schalk le Boucher) : je me suis dit
que pour faire un geste pareil, à la fois un peu idiot et excessif il fallait avoir la tête comme un burger. J’ai pensé que sur ce coup-là, il avait réussi une véritable prouesse : être plus con
que des milliers de supporters. Chapeau l’artiste, rideau, chronique terminée.
Sauf que… j’écris cette chronique 3 jours plus tard, avec le recul qui sied à toute bonne réflexion sur ce fait de jeu et surtout, sur ce qui aurait pu être un tournant du match. Alors, je vous
l’annonce : je vais défendre Fred Michalak. C’est un immense joueur et ce qu’il a fait à la 50ème minute dimanche, son action, sa provoc, c’est la marque d’un vrai champion ! Déjà, il en fallait
du talent pour faire cette interception… et puis, il en fallait du courage pour montrer à un public hostile qu’il ne s’en laissait pas compter… il fallait aussi un brin d’inconscience aussi, je
le concède. Avec son geste provocateur qui concluait un exploit personnel, il a totalement relancé son équipe : un tempérament de feu, du leadership, de l’esprit de combat, de la rage de vaincre…
il y avait tout d’un grand rugbyman et je pense que les noms d’oiseaux qu’il a dû entendre des bouches vociférantes du public étaient finalement injustes. Certes, sans ce geste superflu, le
public n’aurait que moyennement apprécié cet essai assassin et contre le cours du jeu… mais je pense qu’on se serait évité ce moment peu glorieux à mettre à l’actif du public. Non, je ne fais pas
de moralisme à 2 balles et non, je n’excuse pas cette provocation de Fred Michalak… je la comprends. Après tout, le rugby, ce n’est pas un sport de mecs lisses, même si, avec photoshop, des
effets de lumière, des photos en noir et blanc sur le papier glacé d’un calendrier avec des messieurs tout nus, on nous véhicule une image faussée de ce sport. Non, le rugby, c’est un sport de
mecs avec de la gueule, du courage, en un mot, un sport pour des hommes de caractère. Et à la 50ème minute, dimanche, on en a vu une preuve. Et si on peut considérer que Fred Michalak ne s’est
pas grandi sur ce coup-là, on peut aussi considérer qu’il a été assez énorme par son talent et son excès. Serait-on devenus incapables à Toulon de voir un joueur talentueux et excessif, courageux
et un poil inconscient s’il ne porte pas le brin de muguet sur le cœur ? Même si la réaction du public dimanche laisserait à penser le contraire, je pense que non. Je ne ferai pas comme le
président Boudjellal hier chez Moscato, une démonstration « toulonnaise » (entendez par là, mâtinée de mauvaise foi) maos j’irai malgré tout dans son sens : Fred Michalak, c’est le genre de
joueur qu’on aime avoir dans son équipe (et qu’on aime détester quand il est en face). Comme un Van Niekerk, un Wilkinson, un Mignoni, il est capable de remettre son équipe sur les bons rails par
son seul talent, de changer la physionomie d’un match par un exploit. On l’avait oublié après une saison avec les Sharks où il avait été blessé. Certes, il avait remporté la Currie Cup… mais son
retour à Toulouse n’avait pas été très convaincant, il faut bien l’avouer. Il était il faut l’avouer loin de son niveau qui a fait de lui l’un des meilleurs 10 français. Une façon pour lui de
dire à tout le monde que LE Fred Michalak est de retour ? Une bête provoc’ sans lendemain ? Personnellement, j’espère pour lui qu’il commettra encore ce genre d’exploits au cours de cette saison
(sans geste superflu cependant). Un essai de 80m… quand même c’est beau non ?

Pour parler d’autre chose de ce match et conclure cette chronique, je parlerai de Cédric Heymans. Concerné sur le dernier aplatissement dans l’en-but, où nous avons cru, qu’une nouvelle fois, les
nôtres seraient crucifiés sur le fil et sentant la pression monter… et Fred Michalak en faire injustement les frais, il a commencé, avant la décision de l’arbitre, à serrer les mains des
toulonnais. Dans le Virage Sud, on s’est dit : Si Heymans serre les mains, c’est que c’est fini, il n’y a pas essai. Cédric Heymans, comme tous ses coéquipiers toulousains a livré un combat de 80
minutes. Il n’a rien lâché, il a montré de la combativité ainsi que toute sa classe et pourquoi il est incontestablement LE meilleur trois quart français. Il a conclu le match en seigneur. LA
CLASSE !





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